Agir pour protéger en milieu de travail : repérer et agir face aux signaux faibles des violences conjugales
- Le Parados

- 9 déc. 2025
- 6 min de lecture

Les violences conjugales ne s’arrêtent pas aux portes du domicile : elles peuvent entraîner des répercussions directes sur la vie professionnelle des victimes, se manifestant par des absences, une baisse de productivité ou des situations de harcèlement sur le lieu de travail. Cet article explore les signaux faibles de ces violences en milieu professionnel et propose des pistes pour les repérer et agir de manière éthique et sécurisée.
Nous abordons d’abord les indices comportementaux et organisationnels permettant de détecter les situations à risque, puis la responsabilité partagée entre ressources humaines et gestionnaires, encadrée par le cadre légal québécois (LSST et LMRSST). Les limites de la détection précoce sont également discutées, notamment les enjeux de confidentialité, de consentement et de ressources disponibles. Enfin, nous soulignons l’importance de former le personnel à une vigilance bienveillante et informée, en citant spécifiquement la formation proposée par Le Parados, qui permet de combiner prévention, soutien et conformité légale.
Les indices comportementaux et organisationnels
Les violences conjugales se manifestent sous de multiples formes, souvent entremêlées et progressives. Elles laissent rarement des traces visibles, mais se manifestent à travers des changements subtils dans le comportement et la présence au travail. Au-delà des violences physiques et sexuelles, plus visibles, s’exercent des formes psychologiques, verbales, économiques, administratives et numériques qui traduisent une volonté de contrôle et de domination du partenaire qui fragilise les victimes sur les plans psychologique, social et professionnel. (INSPQ, 2024 ; ANDRH, 2024).
La responsabilité d’agir face aux violences conjugales en milieu professionnel s’inscrit désormais dans un cadre légal clair au Québec. L’adoption de la Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail (LMRSST) a renforcé la Loi sur la santé et la sécurité du travail (LSST) en introduisant une nouvelle obligation pour les employeurs.
Selon l’article 51, paragraphe 16 de la LSST, l’employeur doit :
« Prendre les mesures pour assurer la protection du travailleur exposé sur les lieux de travail à une situation de violence physique ou psychologique, incluant la violence conjugale, familiale ou à caractère sexuel. […] Dans le cas d’une situation de violence conjugale ou familiale, l’employeur est tenu de prendre les mesures lorsqu’il sait ou devrait raisonnablement savoir que le travailleur est exposé à cette violence. » (LSST, art. 51, paragr. 16)
Cette disposition reconnaît que les violences conjugales peuvent se manifester jusque dans les milieux de travail, sous différentes formes : harcèlement par appels ou messages, intrusions sur les lieux de travail, contacts répétés avec les collègues ou la direction, voire surveillance numérique (CNESST, 2024).
Une personne victime peut, par exemple, adopter un style vestimentaire inhabituel pour dissimuler des blessures, s’absenter fréquemment ou surinvestir son activité professionnelle pour échapper à un contexte violent (ANDRH, 2024 ; Violence conjugale au travail, 2024).
Sur le plan organisationnel, des absences récurrentes, des demandes de congé imprévues ou une baisse de performance peuvent alerter l’entourage professionnel. Ces indices, pris isolément, peuvent sembler anodins, mais leur accumulation justifie une vigilance accrue.
En ce sens, la législation québécoise engage les organisations à assurer la protection physique, psychologique et organisationnelle des personnes salariées exposées à de telles violences.
Agir sur trois niveaux : sensibiliser, protéger et soutenir
L’Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail – secteur Administration provinciale (APSSAP, 2024), propose une approche intégrée pour prévenir et gérer les situations de violence conjugale en milieu professionnel. Elle distingue trois niveaux d’action complémentaires : les mesures de sensibilisation organisationnelle, les mesures de protection, et les mesures de soutien.
Les mesures organisationnelles de sensibilisation visent à informer et mobiliser l’ensemble du personnel (y compris les victimes et les auteurs) autour de la réalité de la violence conjugale et des ressources d’aide disponibles, internes ou externes. Elles constituent la première étape vers une culture de bienveillance et renforcent la sécurité psychologique au travail. Ces actions peuvent inclure la désignation d’une personne répondante, la diffusion de documents d’information, la tenue de formations et la pérennisation de ces dispositifs dans le temps.
Les mesures de protection, quant à elles, répondent à l’obligation légale de l’employeur (LSST, art. 51, paragr. 16) d’assurer la sécurité physique et psychologique des travailleuses et travailleurs. Elles sont déclenchées lorsqu’un risque de violence est identifié et visent à en réduire la portée. Ces mesures peuvent aller de l’élaboration d’un plan de sécurité individuel à la mise en place de contrôles d’accès, l’installation de dispositifs d’alerte, ou encore le déplacement du poste de travail. Leur suivi régulier garantit l’adéquation des protections mises en œuvre avec l’évolution du risque.
Enfin, les mesures de soutien permettent d’accompagner la personne victime dans la conciliation de sa vie personnelle et professionnelle. Elles peuvent prendre la forme d’un aménagement d’horaire, d’un ajustement de la charge de travail, d’un accès facilité aux congés, ou encore de la possibilité de communiquer avec des services policiers, juridiques ou psychosociaux durant les heures de travail. Ces soutiens, temporaires mais essentiels, contribuent à restaurer la stabilité et la dignité de la personne concernée.
En combinant ces trois niveaux d’action, les organisations peuvent véritablement agir en amont, pendant et après la crise, affirmant leur responsabilité sociale et leur rôle de levier dans la lutte contre les violences conjugales au travail.
Former à une vigilance éthique et bienveillante
Pour agir de manière juste et efficace, il faut avant tout former les équipes à reconnaître les signes de détresse, mais aussi à accueillir la parole avec empathie.
Les formations devraient viser à :
Sensibiliser à la nature des violences conjugales et à leurs impacts professionnels ;
Promouvoir une posture éthique d’écoute, sans jugement ni précipitation ;
Outiller les gestionnaires sur la communication bienveillante et la redirection vers les ressources appropriées.
Dans ce contexte, la formation proposée par Le Parados constitue un levier central pour soutenir les milieux de travail dans la mise en œuvre de leurs obligations et dans le développement d’une vigilance éthique et bienveillante.
Elle permet aux gestionnaires, aux équipes RH et aux collègues d’apprendre à :
Reconnaître les signes avant-coureurs de la violence conjugale ;
Adopter une posture d’écoute et de soutien sans intrusion ni jugement ;
Connaître les obligations légales et les procédures à suivre ;
Agir en sécurité, en mobilisant les bons relais et les ressources d’aide.
Rendez-vous à la fin de l’article pour en savoir plus.
Former à cette vigilance, c’est faire du lieu de travail un espace de protection et non de simple observation.
Un devoir partagé et encadré
La mise en œuvre de cette responsabilité repose sur une vigilance partagée entre la direction, les ressources humaines et les gestionnaires de proximité. Ces acteurs doivent adopter une posture d’écoute et de prévention, sans pour autant se substituer aux intervenant·es spécialisé·es en violence conjugale.
Les mesures possibles incluent :
L’aménagement sécuritaire du poste de travail (changement de lieu, horaires ou contacts) ;
La désignation d’un référent interne sur la question des violences ;
La mise en place de protocoles de prévention intégrant ces risques dans le programme de santé et de sécurité au travail ;
La collaboration avec les ressources externes (maisons d’hébergement, lignes d’urgence, PAE).
Les employeurs doivent également veiller à ce que les établissements et méthodes de travail garantissent la sécurité et l’intégrité des personnes salariées. La réussite de cette politique repose sur une approche organisationnelle combinant formation, confidentialité, respect du rythme de la victime et tolérance zéro envers toute forme de violence.
Les limites éthiques et pratiques de la détection
Toutefois, la détection des violences conjugales au travail présente des limites éthiques et pratiques. Les victimes peuvent dissimuler leur situation par honte, peur du jugement, ou par crainte de représailles. Comme le souligne Éducaloi (2024), la frontière entre soutien et intrusion doit être respectée : un signal faible n’autorise pas l’employeur à investiguer sans consentement.
De plus, tous les milieux de travail ne disposent pas des ressources internes nécessaires pour accompagner adéquatement une victime (psychologues, travailleurs sociaux, partenariats communautaires). Le risque est alors de culpabiliser les témoins ou les gestionnaires, plutôt que de renforcer une approche collective et systémique de la prévention.
C’est pourquoi la mise en place de protocoles clairs et partagés est essentielle, encadrant les démarches à suivre lorsqu’un cas est soupçonné ou révélé. Ces protocoles doivent préciser le rôle de chacun, les ressources disponibles et les procédures de communication à suivre pour assurer une réponse cohérente, sécuritaire et bienveillante.
Une responsabilité collective et humaine
Les représentants des employeurs ont donc le devoir de mettre en place des conditions sécuritaires et inclusives, tout en reconnaissant leurs limites d’intervention. De leur côté, les membres du personnel ont aussi la responsabilité de préserver la santé et la sécurité de leurs collègues, de participer à la prévention des risques, et d’adopter des comportements respectueux et sécurisants.
La prévention des violences conjugales au travail repose ainsi sur une dynamique collective : un engagement partagé qui conjugue les obligations légales, la vigilance éthique et la bienveillance organisationnelle.
Conclusion
Agir contre les violences conjugales en milieu de travail exige un équilibre entre empathie, responsabilité et rigueur. Si la détection repose sur des signaux souvent discrets, elle doit s’inscrire dans une approche structurée, respectueuse des personnes et conforme aux obligations légales. En cultivant une vigilance bienveillante, en formant les gestionnaires et en soutenant la parole des victimes, les organisations peuvent devenir des acteurs de protection essentiels. La démarche de formation et de sensibilisation du Parados illustre parfaitement cette alliance entre cadre juridique, prévention organisationnelle et humanité au travail, autant de leviers pour bâtir des milieux plus sécuritaires et solidaires.
Bibliographie
ANDRH. (2024). Agir contre les violences domestiques : le rôle de l’employeur. Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines. https://www.andrh.fr/article/agir-contre-les-violences-domestiques-le-role-de-lemployeur
APSSAP. (2024). Prise en charge des situations de violence conjugale en milieu de travail. Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail, secteur Administration provinciale. https://apssap.qc.ca/wp-content/uploads/2024/11/Prise-en-charge-des-situations-de-violence-conjugale-en-milieu-de-travail_VF.pdf
CNESST. (2024). Violence conjugale au travail : comprendre et prévenir. Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail. https://www.cnesst.gouv.qc.ca
Éducaloi. (2024). Comment prévenir la violence conjugale au travail. https://educaloi.qc.ca/capsules/comment-prevenir-la-violence-conjugale-au-travail
Gouvernement du Québec. (2021). Loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail (LMRSST). Éditeur officiel du Québec.
INSPQ. (2022). Rapport québécois sur la violence et la santé. Institut national de santé publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca
Violence Conjugale au Travail. (2023). Trousse d’accompagnement pour les entreprises, les syndicats et les membres du personnel. https://www.violenceconjugaleautravail.com/trousse-daccompagnement



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